Ce qui s'est passé le 12 octobre 2026

Le lundi 12 octobre 2026, l'hémicycle de l'Assemblée nationale a accueilli une session de sensibilisation et de formation des députés à l'usage de l'intelligence artificielle. À l'initiative du président de l'institution, Patrick Achi, les élus ont découvert comment ces outils peuvent les aider à analyser des dossiers complexes, comparer des expériences internationales, exploiter plus rapidement les rapports, examiner les budgets et préparer les auditions.

Le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, et l'ancienne ministre marocaine de la Transition numérique, Ghita Mezzour, sont intervenus. Le moment le plus parlant a été la démonstration d'Aya, un assistant accessible sur WhatsApp qui comprend des messages écrits ou vocaux et répond en baoulé et en malinké. Selon son concepteur, le Dr Isaac Bayoh, il s'appuie sur plus de deux ans de recherche, plus de 50 000 phrases annotées et validées, et environ 17 000 heures de paroles en langues locales.

« Elle peut proposer, rechercher, classer et calculer. Mais elle ne vote pas. Elle ne porte pas la voix d'une circonscription. »Patrick Achi, président de l'Assemblée nationale

La formule fixe le bon cadre : l'IA est un outil d'aide à la décision, jamais un substitut à la responsabilité politique. Elle s'inscrit dans la feuille de route numérique 2026-2028 présentée par le gouvernement, qui prévoit 440 projets structurants et la formation de plus de 2 000 responsables publics d'ici fin 2027.

Pourquoi des IA locales sont une nécessité, pas un luxe

Le ministre Djibril Ouattara l'a résumé en une phrase : « Nous voulons une intelligence artificielle qui se nourrit de nos données. » Ce n'est pas un slogan. Une IA ne sait que ce que ses données lui ont appris. Or les grands modèles mondiaux ont été entraînés surtout sur des textes en anglais, en chinois et en français standard. Quatre raisons rendent des IA africaines indispensables.

  • Nos langues. La Côte d'Ivoire compte plusieurs dizaines de langues, et une grande partie de la population s'exprime d'abord en baoulé, dioula, bété, sénoufo ou en nouchi. Une IA qui ne les comprend pas laisse de côté ceux qui en auraient le plus besoin. Aya montre que c'est possible quand on investit dans la collecte de données locales.
  • Notre contexte. Textes de loi ivoiriens, procédures administratives, réalités du cacao, du mobile money ou de la santé communautaire : ces connaissances sont peu présentes dans les modèles internationaux, qui répondent alors de façon générique ou erronée.
  • Notre souveraineté sur les données. Les documents d'un parlement, d'une administration ou d'un hôpital sont sensibles. Disposer de modèles hébergés et maîtrisés localement permet de traiter ces informations sans les exposer.
  • Nos compétences et notre économie. Construire des IA sur place forme des ingénieurs, des linguistes et des chercheurs africains, et crée de la valeur ici plutôt que de la consommer uniquement.

C'est exactement le projet d'Ivoire AI : une intelligence artificielle construite en Côte d'Ivoire, qui comprend le français tel qu'on le parle ici, le nouchi et les langues locales, et qui fonctionne avec une connexion limitée. Le projet est en construction et nous le disons clairement ; c'est pourquoi nous appelons chercheurs, institutions et entreprises à collaborer.

Les limites à garder en tête

Lors de la session, Ghita Mezzour a rappelé les risques : erreurs des systèmes, biais culturels, fausses vidéos et confidentialité des données. Ces mises en garde valent pour toutes les IA, locales comme internationales. Trois règles simples s'imposent : vérifier chaque réponse sur des sources officielles, ne jamais saisir de données confidentielles dans un outil sans cadre clair, et former les utilisateurs avant de déployer.

En attendant, utiliser les meilleurs outils : le cas de Claude AI

Construire des IA locales prend des années. Il serait dommage de s'en priver en attendant. Pour les usages en français, les assistants internationaux sont déjà d'une grande aide, et nous encourageons les députés, les fonctionnaires, les entreprises et les étudiants à utiliser Claude, l'assistant développé par l'entreprise américaine Anthropic, pour les besoins où il excelle :

  • Lire et synthétiser de longs documents. Claude peut analyser un rapport, un projet de loi ou un document budgétaire de plusieurs dizaines de pages et en dégager la structure, exactement le besoin cité par Patrick Achi.
  • Préparer une audition ou une réunion. Lister les questions à poser, les points faibles d'un dossier, les arguments pour et contre.
  • Comparer des expériences internationales. Résumer comment d'autres pays ont traité une question, avant d'aller vérifier dans les sources officielles.
  • Rédiger en français professionnel. Courriers, notes de synthèse, discours, comptes rendus, avec un ton adapté.
  • Apprendre et programmer. Expliquer une notion, accompagner un étudiant, aider un développeur ivoirien à écrire et corriger son code.

Claude est accessible gratuitement sur claude.ai et dans ses applications mobiles, avec des formules payantes pour un usage intensif. Comme tout assistant, il peut se tromper : ses réponses sont un point de départ, à confronter aux textes officiels. Et il ne remplace pas une IA qui parle baoulé ou malinké. Les deux approches sont complémentaires : les outils internationaux pour la productivité dès aujourd'hui, les IA locales pour nos langues, nos données sensibles et notre autonomie demain.

Ce que nous proposons

La session du 12 octobre est un signal fort : l'IA n'est plus un sujet de spécialistes, elle entre dans les institutions. Pour que la Côte d'Ivoire en tire pleinement parti, il faut à la fois former les décideurs aux outils existants, financer la collecte de données en langues locales, et soutenir les équipes qui construisent des IA africaines. Ivoire AI veut prendre sa part dans ce chantier. Vous représentez une institution, une université, une entreprise ou un média ? Écrivez-nous. Vous avez une idée d'usage de l'IA pour votre secteur ? Proposez-la.

Questions fréquentes

Qu'a présenté Patrick Achi aux députés ?

Une session de sensibilisation et de formation à l'intelligence artificielle, le 12 octobre 2026 à l'Assemblée nationale, avec la démonstration de l'assistant Aya qui répond en baoulé et en malinké.

Faut-il attendre les IA locales pour utiliser l'IA ?

Non. Des assistants comme Claude sont déjà utiles en français. Les IA locales répondront aux besoins que ces outils couvrent mal : nos langues, nos données sensibles, notre contexte.

Où en savoir plus sur l'IA en Côte d'Ivoire ?

Consultez notre guide L'intelligence artificielle en Côte d'Ivoire et en Afrique.

Sources

  • KOACI, « Côte d'Ivoire : Assemblée nationale, Patrick Achi ouvre la voie à l'intelligence artificielle dans le travail parlementaire », 12 octobre 2026. Lire l'article
  • Ivoire AI, Pourquoi la Côte d'Ivoire a besoin d'Ivoire AI
  • Abidjan.net, « Côte d'Ivoire : Patrick Achi initie les parlementaires à l'utilisation de l'intelligence artificielle » (vidéo), 13 octobre 2026. Voir la vidéo