Quand un Ivoirien pose une question à un assistant d'intelligence artificielle, sa demande voyage généralement jusqu'à un centre de données situé sur un autre continent, est traitée par un modèle conçu ailleurs, puis la réponse revient. Ce fonctionnement est pratique, mais il pose une question de fond : qui maîtrise l'intelligence artificielle que nous utilisons, et nos données ?
Ce que recouvre la souveraineté numérique
La souveraineté numérique, c'est la capacité d'un pays ou d'une région à décider et contrôler ses outils numériques essentiels : où sont stockées ses données sensibles, quelles règles s'appliquent, qui peut couper ou modifier un service, et qui capte la valeur créée.
Pour l'intelligence artificielle, elle repose sur plusieurs piliers.
Les cinq piliers d'une IA maîtrisée
1. Les centres de données
L'IA a besoin de serveurs puissants pour être entraînée et pour fonctionner. Héberger ces serveurs sur le continent permet de garder les données sensibles (administration, santé, finance) sous juridiction locale, de réduire les délais de réponse et de moins dépendre de connexions internationales. Le développement de centres de données en Afrique, y compris en Côte d'Ivoire, va dans ce sens.
2. L'électricité
Les centres de données consomment beaucoup d'énergie et doivent fonctionner sans interruption. Une électricité fiable, et de plus en plus renouvelable, est une condition de base. C'est aussi un argument pour des modèles sobres, adaptés à leur usage.
3. La connectivité
Câbles sous-marins, réseaux terrestres, couverture mobile : sans connexions rapides et abordables, ni les entreprises ni les citoyens ne peuvent profiter de l'IA. Réduire le coût des données mobiles est aussi un enjeu d'accès.
4. Les talents
Ingénieurs, chercheurs, spécialistes des données, linguistes, juristes du numérique : une IA souveraine se construit avec des compétences locales. Former, retenir les talents et créer des emplois qualifiés sur place est indispensable.
5. Les données
Une IA qui comprend nos langues, nos lois et nos réalités doit être entraînée sur des données qui les reflètent : textes, enregistrements, données publiques. Ces données doivent être collectées avec consentement, protégées et valorisées au bénéfice des populations.
Pourquoi c'est important maintenant
- Les usages sensibles se multiplient : santé, administration, éducation, finance. Leurs données ne devraient pas dépendre entièrement de services étrangers.
- Les règles peuvent changer : un service étranger peut modifier ses conditions, ses prix ou sa disponibilité du jour au lendemain.
- La valeur économique de l'IA est considérable : sans capacités locales, elle est captée ailleurs.
- La culture et les langues risquent d'être marginalisées dans des outils conçus sans elles.
Souveraineté ne veut pas dire isolement
Il ne s'agit pas de rejeter les outils internationaux, qui rendent de grands services. Il s'agit de ne pas en dépendre totalement pour l'essentiel, de pouvoir choisir, et de développer des solutions locales là où elles sont nécessaires. Les partenariats avec des acteurs étrangers restent utiles, à condition d'être équilibrés et de transférer des compétences.
Le rôle des États, des entreprises et des citoyens
- Les États fixent le cadre : protection des données, investissement dans les infrastructures, formation, commande publique favorisant les solutions locales.
- Les entreprises investissent, innovent et créent des emplois qualifiés.
- Les universités et chercheurs produisent les connaissances et forment les talents.
- Les citoyens contribuent par leurs usages, leurs données consenties et leur exigence sur la protection de leur vie privée.
Ivoire AI, une brique de cette souveraineté
Une intelligence artificielle construite en Côte d'Ivoire, qui comprend le français ivoirien, le nouchi et les langues nationales, et dont les données restent maîtrisées localement, est une contribution concrète à cette souveraineté. C'est le sens du projet Ivoire AI. Institutions, entreprises et chercheurs peuvent collaborer avec nous.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une IA souveraine ?
Une intelligence artificielle dont un pays ou une région maîtrise les éléments essentiels : les données, l'hébergement, les règles d'utilisation et les compétences pour la développer et la faire évoluer.
Pourquoi héberger les données en Afrique ?
Pour que les données sensibles restent soumises aux lois locales, réduire la dépendance aux services étrangers, améliorer la rapidité des services et créer de la valeur sur place.
Faut-il arrêter d'utiliser les IA étrangères ?
Non. Elles restent très utiles. L'objectif est de ne pas en dépendre entièrement pour les usages essentiels et de développer des alternatives locales là où c'est nécessaire.