La Côte d'Ivoire compte une soixantaine de langues. Le dioula sert de langue véhiculaire dans une grande partie du pays et dans les marchés ; le baoulé, le bété, le sénoufo, l'agni, le yacouba, le guéré et bien d'autres sont parlés chaque jour par des millions de personnes. Pourtant, les grandes intelligences artificielles les comprennent très mal. Pourquoi, et que faire ?
Pourquoi l'IA parle mal nos langues
Une intelligence artificielle apprend une langue à partir d'exemples : des textes écrits, des enregistrements audio, des traductions. Pour l'anglais ou le français, ces exemples se comptent en milliards de phrases. Pour la plupart des langues ivoiriennes, ils sont très rares, pour plusieurs raisons :
- beaucoup de nos langues sont surtout orales : on les parle bien plus qu'on ne les écrit ;
- l'écriture n'est pas toujours standardisée : un même mot peut s'écrire de plusieurs façons ;
- peu de contenus numériques existent dans ces langues : sites, livres numérisés, sous-titres ;
- les grandes entreprises technologiques investissent d'abord dans les langues qui ont le plus d'utilisateurs connectés.
Résultat : une IA peut traduire un texte du français vers le japonais, mais bute sur une phrase simple en baoulé.
Pourquoi c'est un enjeu majeur
Une partie importante de la population ivoirienne est plus à l'aise dans une langue nationale qu'en français écrit. Si l'intelligence artificielle devient la porte d'accès à l'information, aux services publics, à la santé ou au conseil agricole, une IA qui ne comprend que le français laisse ces personnes de côté.
À l'inverse, une IA qui comprend et parle les langues locales pourrait :
- expliquer une ordonnance ou une consigne de santé à une personne âgée ;
- répondre par la voix aux questions d'un producteur sur sa culture ;
- aider un commerçant à gérer ses ventes en parlant dans sa langue ;
- contribuer à préserver et transmettre des langues menacées.
Ce qu'il faudrait pour y arriver
Des données de qualité
Il faut collecter, avec le consentement des locuteurs, des enregistrements et des textes dans chaque langue : conversations, récits, proverbes, émissions de radio, traductions de documents utiles. La qualité compte plus que la quantité brute.
Des linguistes et des locuteurs
Les spécialistes des langues ivoiriennes sont indispensables pour transcrire correctement, choisir des conventions d'écriture et vérifier les traductions. Les locuteurs natifs, eux, apportent la langue telle qu'elle est vraiment parlée, y compris ses variantes régionales.
La voix avant l'écrit
Pour des langues surtout orales, la reconnaissance et la synthèse vocales sont prioritaires. Une IA utile doit pouvoir écouter une question et répondre à voix haute.
Un cadre respectueux
Les communautés doivent savoir à quoi servent leurs enregistrements, en garder le contrôle et bénéficier des outils créés. Une langue n'est pas une simple ressource à exploiter.
Comment chacun peut contribuer
- Enregistrer et transcrire des phrases dans sa langue pour des projets de collecte ouverts.
- Écrire et publier dans sa langue sur Internet : chaque texte compte.
- Signaler les erreurs des outils de traduction existants.
- Soutenir les initiatives locales qui travaillent sur les langues africaines, dans les universités et les associations.
Le rôle d'Ivoire AI
Comprendre le français de Côte d'Ivoire, le nouchi et progressivement les langues nationales est au cœur du projet Ivoire AI. C'est un travail long, qui ne peut se faire qu'avec les locuteurs, les linguistes et les institutions. Si vous voulez y participer, collaborez avec nous.
Questions fréquentes
Google Traduction fonctionne-t-il pour les langues ivoiriennes ?
Quelques langues africaines sont disponibles, mais la plupart des langues ivoiriennes ne le sont pas ou sont traduites de façon peu fiable. Les progrès dépendent de la quantité de données disponibles.
Pourquoi commencer par la voix plutôt que par l'écrit ?
Parce que beaucoup de nos langues sont surtout parlées. Une IA qui écoute et répond à l'oral est utile à beaucoup plus de personnes qu'un outil limité à l'écrit.
Mes enregistrements vocaux peuvent-ils être réutilisés sans mon accord ?
Ils ne devraient pas l'être. Un projet sérieux explique l'usage des données, demande le consentement et permet de le retirer.