« On est ensemble », « c'est dja », « il a fraya », « gbê est mieux que drap » : le français de Côte d'Ivoire et le nouchi font partie de l'identité du pays. On les entend dans les rues d'Abidjan, à la radio, dans la musique et sur les réseaux sociaux. Mais quand on écrit ainsi à un assistant d'intelligence artificielle, la réponse est souvent à côté. Pourquoi ?
Le français ivoirien, une langue vivante
Le français parlé en Côte d'Ivoire a ses propres mots, expressions et tournures, qui reflètent la culture, l'humour et l'histoire du pays. Le nouchi, né dans les quartiers populaires d'Abidjan, mélange le français avec des mots venus de langues ivoiriennes et d'autres langues, et ne cesse d'inventer de nouveaux termes. Il s'est largement diffusé dans toute la société, notamment chez les jeunes et dans la musique.
Ces façons de parler sont parfaitement claires pour des millions de personnes. Elles le sont beaucoup moins pour une machine.
Pourquoi l'IA a du mal
Elle a appris surtout à partir de textes « standards »
Les grands modèles de langage ont été entraînés sur d'énormes quantités de textes, en majorité dans un français écrit standard, souvent européen. Le nouchi et le français ivoirien y sont rares, car ils s'écrivent surtout dans des conversations privées, des messages et des commentaires.
Le nouchi évolue très vite
De nouveaux mots apparaissent et disparaissent chaque année. Une IA entraînée à un moment donné ne connaît pas les dernières expressions.
Le sens dépend du contexte
Une même expression peut être affectueuse, ironique ou moqueuse selon le ton et la situation. C'est difficile à saisir pour une machine qui n'a pas grandi dans la culture.
Ce que cela produit
- des contresens : l'IA interprète une expression au sens littéral ;
- des réponses à côté : elle ne comprend pas la question et répond à autre chose ;
- des imitations maladroites : quand on lui demande d'écrire en nouchi, elle produit souvent un mélange artificiel qui sonne faux pour un Ivoirien ;
- un sentiment d'exclusion : l'outil oblige à parler comme lui plutôt que de s'adapter à nous.
Pourquoi c'est important
Ce n'est pas qu'une question d'amusement. Pour qu'une intelligence artificielle soit vraiment utile à tous les Ivoiriens, elle doit comprendre la façon dont les gens parlent réellement, surtout ceux qui sont moins à l'aise avec le français écrit académique. Une IA qui ne comprend que le français « de bureau » laisse de côté une partie de la population.
Il y a aussi un enjeu culturel : nos façons de parler font partie de notre patrimoine. Les intégrer dans les technologies de demain, c'est les faire vivre.
Comment construire une IA qui nous comprend
- Collecter des exemples réels, avec le consentement des personnes : conversations, émissions, chansons, textes du quotidien.
- Associer des locuteurs et des linguistes pour expliquer le sens, les nuances et les contextes d'usage.
- Mettre à jour régulièrement pour suivre l'évolution du nouchi.
- Respecter la culture : comprendre le nouchi ne signifie pas le caricaturer.
Le projet Ivoire AI
Comprendre le français de Côte d'Ivoire et le nouchi est l'une des premières ambitions d'Ivoire AI : une IA à qui l'on peut parler comme on parle vraiment. Vous pouvez contribuer en proposant des idées ou en collaborant au projet.
Questions fréquentes
ChatGPT comprend-il le nouchi ?
Il comprend certaines expressions très répandues, mais se trompe souvent sur les termes récents ou les sens dépendant du contexte. Ses imitations du nouchi sonnent généralement artificielles.
Pourquoi le nouchi est-il difficile pour une IA ?
Parce qu'il est surtout oral, qu'il évolue très vite et qu'il existe peu de textes écrits dont l'IA aurait pu apprendre.
Une IA peut-elle apprendre le nouchi ?
Oui, à condition de disposer d'exemples réels, de locuteurs pour en expliquer le sens et de mises à jour régulières. C'est un travail qui doit se faire avec la communauté.